Ce que dit la recommandation, en clair
Le principe : consentement préalable pour toute mesure de performance
Analyser le taux d’ouverture pour mesurer et optimiser les performances des campagnes, personnaliser le contenu, adapter la fréquence d’envoi ou le canal, créer des segments d’engagement, alimenter du retargeting : toutes ces finalités exigent désormais un consentement explicite du destinataire.
Et attention, ce consentement est distinct de l’opt-in marketing. Accepter de recevoir vos emails et accepter d’être tracké sont deux choses différentes, qui appellent deux consentements.
Toutefois, la CNIL offre une exception permettant de recueillir un unique consentement, à la fois pour l’opt-in marketing et pour l’acceptation du tracking par pixel de suivi, dans l’hypothèse où la prospection commerciale et l’utilisation de pixels de suivi dans les mails sont faites pour des finalités connexes.
L’exemption de délivrabilité existe, mais elle est étroite
La CNIL exempte la mesure individuelle des ouvertures lorsqu’elle sert uniquement à gérer la délivrabilité, c’est-à-dire à identifier les contacts inactifs pour adapter la pression ou arrêter les envois (nettoyage des bases).
Trois conditions verrouillent cette exemption : la finalité doit se limiter strictement à cette gestion des inactifs (avec documentation à l’appui), seule la date de la dernière ouverture peut être conservée (à la journée, sans l’heure, écrasée à chaque nouvelle ouverture), et l’exemption ne couvre que les emails demandés par le destinataire ou liés à un service demandé, typiquement les transactionnels.
Autrement dit : cette exemption ne permet en aucun cas de calculer un taux d’ouverture par campagne marketing. Ce n’est pas une porte dérobée, ne comptez pas dessus pour vos reportings.
Le piège B2B
Le régime du pixel est indépendant du régime d’envoi de l’email.
Votre prospection B2B reste licite en opt-out au titre de l’exception professionnelle, mais le pixel qu’elle contient exige, lui, un consentement.
Même chose pour la prospection de produits similaires à vos clients : l’email peut partir sans consentement, pas son traceur.
Les liens traçants sont dans le viseur
La recommandation porte sur les pixels d’ouverture, mais elle rappelle explicitement que les liens traçants relèvent du même article 82, en s’appuyant sur les lignes directrices européennes.
Seuls les liens individualisés à finalité de sécurité (désinscription, retrait du consentement, authentification) sont exemptés de recueil du consentement. La mesure de clics marketing via des liens réécrits individualisés suivra très probablement le même chemin que les pixels. Les acteurs sérieux du marché recommandent déjà de traiter les deux sujets en même temps.